Interview de Roland CHOLET, metteur en scène

   

318458-155956007825529-1427462447-n-2.jpg Roland CHOLET est comédien et metteur en scène depuis toujours, comédien sur de nombreuses scènes en Europe, metteur en scène vers l’atlantique. Cela fait plus de 10 ans qu’il est revenu sur les bords de la Méditerranée. Avec sa compagnie, il a monté différents spectacles qui ont marqué la région. Amoureux de l’art populaire, très investi dans l’accessibilité de la culture à tous, il travaille sur des projets différents et pluridisciplinaires. Après « Seventies », « Pas peur du Noir » est la deuxième mise en scène qu’il signe avec Vailh’o’chœur en collaboration avec Marc PETITJEAN.

 

Bonjour Roland, cette mise en scène est donc la seconde que vous signez avec Vailh’o’chœur, qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

  Tout d’abord, il faut savoir que je suis un affectif en ce qui concerne les projets que je choisis. Ce qui détermine mon choix est tout à fait subjectif et déconnecté de l’environnement contextuel.

  Marc PETITJEAN, dont j’ai fait la connaissance pour « Seventies », m’a été présenté par un ami commun, Michel GORBATOFF, qui tenait avec son jeune fils les deux rôles masculins du spectacle. Comme pour une commande, j’ai été méfiant et sceptique. L’idée d’une contrainte comme celle d’un spectacle théâtralo-musical me faisait un peu peur, et me lancer dans une expérience comme celle-là avec des gens inconnus ne m’attirait pas du tout. Sauf que voilà…

  J’ai rencontré Marc puis l’équipe de Vailh’o’chœur et ça a été le coup de foudre. Le travail s’est déroulé dans une totale bienveillance. Les seuls éclats de voix que j’ai pu entendre, hors les notes, furent des rires. Dès lors, séduit et re-séduit, lorsque Marc est revenu cette année avec son nouveau projet, une nouvelle aventure, un thème casse-gueule et une équipe en partie inconnue, je n’ai pas hésité une seconde ! Marc est adorable. Ses textes sont des traits d’humeur et souvent d’humour. Il livre de la glaise à mettre en forme… Il aime les gens, c’est ce que j’aime. Alors pourquoi refuser ce qui nous fait du bien, par ces temps un peu compliqués. Soixante énergies positives concentrées dans une pièce, ça ne se refuse pas.

 

N’avez-vous pas eu peur du sujet et de l’aspect polémique qu’il pourrait avoir ?

  Si, absolument ! Cette préoccupation a guidé tout le travail de table que j’ai entrepris avec les comédiens. Avec Virginie KERSAUDY et Philippe REYNE, je n’ai eu que deux axes prioritaires : m’assurer que le texte leur aille bien en bouche et qu’on ne puisse pas lire autre chose que ce que Marc et nous avons voulu dire, et que l’on s’amuse. Parce que oui, le sujet est sérieux il faut le dédramatiser au possible pour le ramener à l’endroit où il résonne en chacun.

  Tout en travaillant avec les acteurs, en cherchant des pistes, je me suis soudain rendu compte que de traiter le sujet du racisme, du rapport à l’autre, serait peut-être trop caricatural. Je me suis donc resserré sur un rapport à l’autre plus essentiel, plus constitutif, celui du couple.

  Tout au long des sketchs, ce sont un homme et une femme qui apprennent à vivre ensemble, à se tolérer, à s’aimer, à se comprendre. La toile de fond est sociale, mais elle est le reflet de la vie contemporaine : multiple, violente et souvent simpliste. Pour autant, il faut vivre ensemble. S’aimer, c’est ce que tentent de faire mes deux personnages durant le spectacle.

  Pour moi, cette histoire est celle d’un écrivain en souffrance, frustré par son boulot de nègre dans l’édition qui, dans son grenier, la chambre noire où il travaille, après une discussion tendue  avec sa femme, s’enfonce dans un sommeil qui se révèle être le rêve d’Alice dans son terrier, une sorte de transposition des gens de son monde dans des situations initiatiques, où, de préjugés en souvenirs mal oubliés, il se relèvera différent, forcément différent.

 

Comment s’est déroulé le travail avec les comédiens ?

  J’avais déjà travaillé avec Virginie sur « Seventies ». En revanche, Philippe et moi ne nous connaissions pas. Je salue leur courage, leur disponibilité et la confiance qu’ils m’ont accordée. En effet, ça n’a pas été facile pour eux de rentrer dans mon mode de fonctionnement.

  Je travaille à partir d’improvisations. Mon but - je comprends que ça terrifie- est de renvoyer l’acteur à ce qu’il est et non pas ce qu’il sait. J’ai donc décidé, dès le travail à la table, d’imposer à chaque scène une référence théâtrale, un univers théâtral précis. C’est ainsi que la pièce s’ouvre sur un hommage à « la dernière bande » de Beckett, se poursuit par du boulevard, puis DURRINGER, puis IONESCO, MINYANA… La liste est longue et chaque scène a ses codes. Le travail des acteurs a donc été d’être eux, dans une situation donnée, contraints par des références fortes. Ils ne m’ont pas détesté, c’est que ce n’était pas si mal, je suppose ! J’aime l’idée de partager avec le public la passion des textes, l’écriture scénique, ne pas lui servir des choses trop  faciles, le surprendre.

  L’improvisation est une discipline très exigeante. Elle demande de la confiance en soi et ne pardonne pas le moindre manque de sincérité. C’est se lancer sur un fil et ne rien lâcher, sinon… on tombe ! Virginie et Philippe ont relevé le défi, et je suis fier de leur parcours.

 

Quels sont vos projets ensuite ?

  Voir le spectacle tourner, rien que pour récompenser l’extraordinaire travail fait par tout ce groupe, les heures d’implication, les tonnes de bonne humeur qu’il a fallu. Parce que, ce qui est beau dans cette aventure, c’est le regard de tous, quand on se retrouve, que l’on répète tous ensemble, de la lumière en sort, elle brille, au point que le jour de la première, quand la salle s’éteindra, chacun pourra se dire… « Pas peur du noir » !

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